Article · 23 mars 2019

L’influence des traumas de développement sur notre vie

On parle beaucoup d’hypersensibilité, d’hyperactivité, de troubles du comportement… Mais qui nous parle des traumatismes du développement ? J’ai envie de parler de ce trouble, que j’ai vécu de l’intérieur.

J’ai découvert ce qu’était le « traumatisme de développement » lors d’une formation continue sur les traumatismes, dans le cadre de l’Ortho-Bionomy. Mon monde s’est illuminé : enfin, il existait des réponses à toutes mes incompréhensions.

Pourquoi toutes les informations que je recevais me semblaient-elles des rafales de tempête dans ma sphère intérieure, comme si j’étais une brindille à la merci de tous les courants d’air ? Pourquoi avais-je l’impression de ne pas analyser les situations de la vie de la même manière que les autres ? Pourquoi étais-je toujours épuisée, pourquoi devais-je utiliser autant de force pour que tout se passe bien dans les interactions sociales ?

Et puis quelqu’un me dit : « Tu as ce qu’on appelle un traumatisme de développement. » — « Ah bon ? Pourtant, je n’ai pas l’impression d’être en retard dans mon développement. » — « En effet, on ne parle pas de retard, mais de traumatisme. »

Vivre dans un aquarium

Je vivais comme enfermée dans un aquarium. Je sentais le monde extérieur taper sur les vitres et faire vibrer l’eau de mon récipient. J’entendais, je ressentais les sons, les vibrations, et je voyais les choses à travers ce prisme.

Une lumière forte, une musique dissonante, une remarque quelconque, un geste deviennent alors une agression. Tous les détails sont perçus, même ceux que la plupart des gens ne voient pas, et tout cela sans la capacité de les gérer. Ce n’est qu’en agrandissant l’aquarium — la fourchette de résilience — que la capacité à trier les informations et à réagir de manière appropriée devient possible.

Une personne reçoit les informations du monde extérieur comme si elle vivait dans un lac ou un océan, selon sa capacité de résilience. Les personnes qui vivent avec un traumatisme du développement reçoivent les mêmes informations, mais dans un aquarium ou un étang. Imaginez un galet lancé dans l’océan, ou dans un aquarium : cela n’a pas le même impact !

D’où vient ce trauma ?

Ce trouble se développe de la conception jusqu’à l’âge d’environ deux ans, quand le cerveau, encore immature, est incapable de restaurer sa sécurité par lui-même après avoir été confronté à un sentiment de grave danger ou d’insécurité répétée.

Cela peut être dû au choc d’une maman en grave danger, à une naissance difficile, à un environnement familial insécurisant, à une dépression post-partum de la maman ou du papa… Il ne s’agit pas de culpabiliser les parents, mais d’expliquer les faits.

Trouver de l’aide

J’ai consulté bon nombre de thérapeutes et de médecins, sans jamais rencontrer quelqu’un qui me donne le sentiment de me comprendre, ni de pouvoir me proposer des solutions. Ce problème est encore trop peu connu.

C’est dans l’approche du Somatic Experiencing de Peter Levine, et dans celle de Laurence Heller et Aline LaPierre, expliquées dans leurs livres « Guérir le tigre » et « Guérir des traumatismes du développement », que j’ai trouvé de vrais moyens pour surmonter mon « trouble ».

Pour soigner les traumas du développement, il faut prendre en compte le système nerveux et son fonctionnement, pour restaurer et recréer des connexions qui n’existaient pas encore au moment du trauma. Par les sens et le ressenti (le « felt sense »), par un contact de confiance, par une très bonne connaissance du système nerveux face au traumatisme et par un profond respect de la personne, la guérison est possible. Soigner dans ce domaine ne s’improvise pas.

Certains praticiens en Ortho-Bionomy ont reçu des formations en lien avec cette approche. Même si cela ne remplace pas une thérapie complète, cela peut être un soutien efficace, et un premier pas pour avancer vers la guérison.

Sylvie Haas

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